06_Impacts_pour_RSSI

La LPM 2024–2030 marque une étape décisive pour les Responsables de la Sécurité des Systèmes d’Information (RSSI). Au‑delà des armées, elle entraîne des obligations indirectes mais structurantes pour les opérateurs critiques, leurs sous‑traitants et, par effet de chaîne, une grande partie du tissu économique. Pour un RSSI, l’enjeu est de traduire ces orientations nationales en processus internes vérifiables, en preuves d’audit opposables et en capacités de résilience alignées sur les attentes de l’État et des régulateurs.


Info


Obligations de conformité renforcée pour les acteurs critiques

Les Opérateur d’importance vitale (OIV – Operator of Vital Importance) et Opérateur de services essentiels (OSE – Operator of Essential Services) voient leurs attentes relevées : dispositifs de détection et de réponse plus matures, continuité d’activité démontrable, gouvernance et gestion de crise documentées. Les contrôles deviennent plus fréquents et plus profonds, avec une exigence de traçabilité (journaux horodatés) et de preuve (rapports d’exercices, comptes rendus d’incident). La convergence NIS2/DORA formalise des exigences de gestion des risques, de tests de résilience et de reporting qui s’ajoutent aux référentiels nationaux.


Coopération accrue avec l’ANSSI (tests de résilience, audits)

La coopération avec l’ANSSI s’intensifie : préparation d’exercices de crise (dont DEFNET), tests de résilience (incluant red teaming quand pertinent), audits documentés et échanges opérationnels entre Centre opérationnel de sécurité (SOC – Security Operations Center), Équipe de réponse aux incidents (CSIRT – Computer Security Incident Response Team) et autorités. Pour le RSSI, cela implique d’orchestrer les preuves en amont (procédures, référentiels, cartographies, scénarios), de caler les interfaces d’alerte/notification et de prévoir des canaux d’échange sécurisés avec l’ANSSI et, le cas échéant, le COMCYBER lors d’incidents d’ampleur nationale.


Signalements d’incidents (cadre renforcé type NIS2/DORA)

Le signalement des incidents significatifs est renforcé : pré‑alerte rapide, rapport consolidé, puis retour d’expérience. Le RSSI doit définir un processus interne de notification (critères de gravité, délais, responsabilités, gabarits de rapports), synchronisé avec les autorités et les donneurs d’ordre. La non‑conformité (retard, insuffisance, absence) expose à des sanctions (réglementaires, contractuelles, réputationnelles) et peut compliquer l’appui des autorités en situation de crise.


Impacts pour les PME et fournisseurs Défense (cyber hygiene)

Les PME/ETI de la supply chain Défense doivent élever leur hygiène cyber : durcissement des accès (MFA), patch management discipliné, segmentation réseau (OT/IT), sauvegardes chiffrées testées, réversibilité Cloud contractuelle, exportabilité des journaux et délais d’alerte. L’accès aux marchés sensibles suppose une maturité démontrable (chartes SSI, sensibilisation, procédures d’escalade) et la capacité à passer des audits (ex. prérequis liés au Cloud de Confiance (SecNumCloud – Trusted Cloud)).


Preuves d’audit attendues (exemples ciblés)

  • Journaux horodatés (NTP), exhaustifs et exportables : authentification, privilèges, flux inter‑domaines, activités d’administration.
  • Dossiers PCA/PRA mis à jour et éprouvés (rapports d’exercices, temps objectifs de restauration atteints), incluant scénarios cyber‑attaque militaire/hybride.
  • Processus de notification ANSSI/COMCYBER : gabarits de pré‑alerte et de rapport consolidé, registres des communications, preuves d’envoi.
  • Clauses contractuelles : réversibilité Cloud, export des journaux, délais d’alerte, obligations d’audit et de tests de reprise chez les fournisseurs.
  • Capacités SOC/CSIRT : matrices d’escalade, playbooks, métriques (MTTD/MTTR), preuves d’intégration outillage (ticketing, SIEM, EDR).

Cas pratiques & retours d’expérience

Les attaques hospitalières (2020–2022) ont montré qu’un défaut de préparation au reporting et une documentation lacunaire prolongent la crise et mobilisent des arbitrages interministériels. Le cadre DORA dans la finance a démontré que des processus normalisés (scénarios de test, critères de matérialité, gabarits de rapports) améliorent la réactivité et la qualité des retours d’incident. Les exercices DEFNET confirment que l’entraînement inter‑acteurs facilite la montée en puissance conjointe ANSSI ↔ COMCYBER ↔ opérateurs et réduit les temps de décision.


Conseils opérationnels pour RSSI

Le RSSI doit prioriser la mise en cohérence de sa gouvernance avec les attentes nationales : cartographie des actifs et dépendances, politique de journalisation et d’horodatage, playbooks de détection/réponse, gouvernance de crise (rôles, escalades, cellules), PCA/PRA réalistes et testés. Il doit sécuriser ses contrats (réversibilité, export des journaux, délais d’alerte) et ancrer un rythme d’exercices (dont DEFNET/sectoriels) pour transformer les obligations en réflexes opérationnels et en preuves prêtes à l’usage.


Objectifs pédagogiques

À l’issue de ce chapitre, le lecteur est capable d’identifier les obligations renforcées qui découlent de la LPM, de comprendre la convergence NIS2/DORA, d’intégrer les impacts supply chain et de traduire ces exigences en processus, contrats et preuves d’audit concrets et opposables.


Checklist RSSI – Chapitre 06

  • Vérifier si l’organisation est OIV/OSE et lister les obligations associées.
  • Mettre à jour PCA/PRA avec des scénarios cyber‑attaque militaire/hybride et consigner les résultats d’exercices.
  • Préparer le reporting ANSSI/COMCYBER : critères, délais, gabarits, registres de communication.
  • Vérifier/renégocier les clauses contractuelles (État/fournisseurs) : réversibilité, journaux exportables, délais d’alerte, tests de reprise.