04_Investissements_Prioritaires

Les investissements de la LPM 2024–2030 constituent un tournant : sur 413 Md€, une enveloppe dédiée d’environ 4 Md€ est programmée au profit de la cyberdéfense (effectifs et technologies), afin de transformer des crédits en capacités opérationnelles mesurables à l’horizon 2030. Cette montée en puissance vise autant les moyens humains (recrutement, formation, réserve) que les infrastructures (SOC nationaux), ainsi que les technologies souveraines (Cloud de confiance, IA appliquée à la sécurité, cryptographie et quantique).


Axes et priorités d’investissement

L’effort porte d’abord sur la consolidation des composantes cyber des armées (durcissement des réseaux OT/IT de commandement, supervision et réponse, capacités de test et d’entraînement), puis sur l’articulation avec l’écosystème national (ANSSI, OIV/OSE, industriels). Les investissements recherchent une interopérabilité OT/IT et un alignement avec l’OTAN/UE, tout en réduisant les dépendances stratégiques envers des fournisseurs non souverains via le Cloud de Confiance (SecNumCloud – Trusted Cloud) et des filières technologiques françaises/européennes.


Programmes structurants

Les enveloppes soutiennent des programmes emblématiques : SOC nationaux interconnectés, montée en puissance des chaînes de commandement et de contrôle cyber (C2), consolidation du Campus Cyber comme pôle d’innovation/formation/coopération, et financement d’exercices de type DEFNET impliquant armées, ANSSI, OIV/OSE et partenaires européens. Ces programmes servent d’« épine dorsale » pour industrialiser la détection, l’alerte et la réponse, et pour diffuser des compétences rares dans tout l’écosystème.


Tableau des investissements prioritaires (répartition indicative)

Info

L’enveloppe cyber de la LPM 2024–2030 est d’environ 4 Md€. Les détails par poste ne sont pas intégralement publics ; la répartition ci-dessous est indicative et sert de trame opérationnelle pour un RSSI (feuille de route, cofinancements, partenariats).

DomaineInvestissement prévuObjectif 2030
SOC Défense~1,0 Md€Couvrir bases et réseaux OT/IT, interop OTAN/UE, supervision temps réel
Cloud souverain~0,6 Md€Héberger services/données sensibles hors juridictions extraterritoriales
Formation & effectifs~1,2 Md€Recruter/qualifier renforts cyber (forces + réserve), doubler les profils opérationnels
IA & automatisation~0,6 Md€Détection & réponse assistées/automatisées à large échelle (SOC, réseau, endpoint)
Quantique & cryptographie~0,3 Md€Préparer chiffrement post‑quantique et communications sécurisées
Programmes (Campus Cyber, C2, DEFNET)~0,3 Md€Industrialiser coopération et entraînement multi‑acteurs

Cas pratiques & retours d’expérience

Les crises récentes ont mis en évidence les goulets d’étranglement : manque d’experts pour soutenir les hôpitaux et collectivités (2020–2022), dépendances logicielles critiques non souveraines (supply chain), et besoin d’exercices grandeur nature pour éprouver la continuité nationale. L’orientation des investissements répond à ces lacunes en privilégiant des capacités duplicables (SOC sectoriels et nationaux), des compétences diffuses (Campus, coopérations) et des technologies maîtrisées (SecNumCloud, crypto nationale, outillage IA).


Conseils opérationnels pour RSSI

Le RSSI doit cartographier les opportunités de cofinancement et les ponts entre trajectoires internes et programmes LPM : participation aux exercices DEFNET, alignement des architectures sur les prérequis SecNumCloud, plan de migration post‑quantique, montée en puissance du Centre opérationnel de sécurité (SOC – Security Operations Center) interne ou mutualisé, et création de preuves d’audit (KPIs de détection, rapports d’exercices, temps de restauration). Les contrats avec prestataires critiques doivent intégrer réversibilité, export de journaux, tests de reprise et obligations d’alerte.


Objectifs pédagogiques

À l’issue de ce chapitre, le lecteur est capable de relier les lignes budgétaires à des capacités concrètes (humaines, techniques, industrielles), d’identifier les programmes structurants utiles à son organisation et de bâtir une feuille de route compatible avec les ambitions nationales de 2030.


Checklist RSSI – Chapitre 04

  • Mes projets (SOC, Cloud, IA, crypto) sont‑ils alignés sur les programmes LPM pertinents (DEFNET, Campus, C2) ?
  • Ai‑je formalisé un dossier de preuves (exercices, KPIs, temps de restauration) pour capter des cofinancements ou partenariats ?
  • Mes contrats Cloud/infogérance intègrent‑ils réversibilité, journaux exportables et tests de reprise ?
  • Ai‑je un plan post‑quantique (politique crypto, inventaire, trajectoire de migration) ?